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Enfant caché, un traumatisme indélébile

Interview du président de l’association israélienne Aloumim 

« Chacun a un parcours différent, mais une phrase revient régulièrement « Je ne sais quel nom donner, quand on me le demande » ». Pour Schlomo Balsam, fils de Résistants et Président de l’Association israélienne des enfants cachés, les plaies sont toujours ouvertes. Aujourd’hui, grâce au sionisme, ces anciens enfants cachés ont retrouvé une identité. Rencontre avec l’homme qui panse les plaies.

Lev Haïr : Dans quelles villes et quels pays a-t-on caché le plus d’enfants ?

schlomo balsam

Schlomo Balsam : « Difficile à dire précisément mais on estime que près de trois mille enfants juifs furent cachés en Belgique notamment grâce à Mademoiselle Andrée Geulen, en Pologne (Irena Sandler) et bien sûr en France où on estime à plus de 10.000 le nombre d’enfants cachés. Parmi les institutions, l’OSE, des organisations protestantes (CIMADE) ou catholiques (Mgr Saliège), les Quakers et le Secours Suisse. La plupart étaient situées dans le sud de la France (Isère, Drôme (Dieulefit), Var…), mais aussi en Bretagne, et bien entendu le fameux village Le Chambon sur Lignon (1000 enfants) ».

Lev Haïr : Combien reste t-il d’anciens enfants cachés dans le monde ?

Shlomo Balsam : « On en compte plus de 3000 aux USA et au Canada. Près de 1000 en France, de même qu’en Israël. Les associations d’enfants cachés se sont constituées très tard et les gens s’y sont inscrits dans les années 1990. Après la guerre, il y avait les survivants qui revenaient des camps, les membres de la Résistance et des partisans qui se sont battus. Pour les enfants cachés, c’était eux les héros – « nous, nous n’étions rien », des ballots cachés de place en place, des gosses de quelques années… » disent-ils encore aujourd’hui. Beaucoup d’anciens enfants cachés devaient reconstruire une famille, refaire leur vie, réapprendre un métier. Certains même étaient très heureux pendant les années de guerre, cachés dans des fermes auprès d’enfants de paysans avec lesquels ils jouaient attendant que leurs parents reviennent. Une expression revient dans leurs souvenirs « nous rions le jour, nous pleurons la nuit ». Pour beaucoup d’enfants cachés, la guerre commence en 1945 lorsqu’ils comprennent que personne n’est revenu ». C’est à la suite de réunions d’enfants cachés à New York puis Jérusalem dans les années 1990 et 1991, que Mme Rivka Avihail, cachée en France et vivant en Israël, a créé Aloumim, qui signifie Jeunes et Cachés en hébreu… ».

Lev haïr : Quelle est la spécificité d’une association israélienne ?

Schlomo Balsam : « Les enfants cachés en France qui vivent aujourd’hui en Israël sont francophones mais pas forcément français. Ils viennent de Belgique, d’Allemagne et de France. Le rôle de l’Etat d’Israël dans leur résilience a été très important. Certains d’entre eux, âgés de 16, 17 ou 18 ans en 1947 se sont battus dans les rangs de la Hagana pendant la guerre d’indépendance d’Israël. Certains sont les fondateurs des kibboutzim. Beaucoup voient en eux une renaissance dans le fait que leurs enfants et petits-enfants soient israéliens et même servent dans l’armée d’Israël. Eux qui n’étaient rien peuvent revivre dans l’hébreu de leurs descendants et la construction d’Israël».

Lev haïr : Les adhérents d’Aloumim peuvent-ils bénéficier d’une aide psychologique ?

Schlomo Balsam : « Près de 280 personnes de notre association reçoivent une aide psychologique et médicale. Tous ont dû apprendre à avoir des faux noms et à ne pas se tromper lorsqu’on le leur demandait. Certains ne se rappellent pas de leurs parents et recherchent leur identité. D’autres ne comprennent pas pourquoi leurs parents les ont « abandonné » en les confiant à de braves gens… Le livre d’Ariella Pallacz, « Je t’aime ma fille, je t’abandonne ! » , l’une de ces enfants cachés, confiée par ses parents à la DASS, est l’expression de cette souffrance. Elle a mis plusieurs années pour comprendre que ses parents l’avaient abandonnée pour la sauver. Tous gardent ou essaient de garder dans leur mémoire la dernière fois où ils ont vu leurs parents. Beaucoup ne se souviennent pas du visage de leurs parents et n’ont aucune photos d’eux. Mais tous font des recherches pour retrouver les Justes qui les ont cachés et font tout pour que ces Justes soient reconnus par Yad Vashem ».

Propos recueillis par Magali Barthès

Paru dans levhair Lph Magazine n°38

Pour plus d’informations : http://www.aloumim.org.il/

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