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Interview Rav Holzberg , « La Chli’hout est nécessaire dans le monde entier »

Nous avons besoin de nous renforcer encore, toujours. Il ne doit pas exister un endroit dans le monde sans Beth Habad. 

Nous avons alors compris qu’il s’agissait bien de Moyshi mais qu’à part lui, personne n’avait survécu…

Je suis convaincu que bientôt les temps seront meilleurs pour le peuple d’Israël. Je veux agir avec foi, confiance et joie

Le 26 novembre 2008, veille de Rosh Hodesh Kislev 5769, le Beth Habad de Bombay en Inde est attaqué par des terroristes islamistes. Le bilan est dramatique : six personnes sont assassinées, dont les émissaires du Rabbi, les chlou’him, Gabriel et Rivka Holzberg, ה’י »ד. Leur fils Moyshi, alors âgé de 2 ans, est sauvé grâce à l’intervention héroïque de sa nourrice hindou, Sandra. Rivka attendait un bébé… Le petit garçon a été recueilli par ses grands-parents maternels et vit depuis à Midgal Haemek. Lors du dernier rassemblement des émissaires du mouvement Habad, il y a quelques semaines, il a lu plusieurs passages des Tehilim.

L’histoire du couple Holzberg montre le dévouement avec lequel les Habad se mobilisent dans le monde entier pour être avec chaque Juif, quel qu’il soit. On parle d’ « armée de D. », et il est vrai que parfois ils ressemblent à des soldats tant ils sont prêts à s’annuler pour défendre les Juifs partout dans le monde spirituellement mais aussi par une présence physique réconfortante.  

Le père de Gaby, le Rav Nahman Holzberg, qui vit à New York, a accepté de répondre à nos questions.

 

Comment avez-vous appris, il y a sept ans, que votre fils et votre belle-fille étaient en danger ?

« Une personne nous a informés qu’il y a avait « un problème en Inde ». Je n’ai pas voulu m’angoisser, sachant que dans ce pays, les « problèmes » ne sont pas rares. Mais on nous a vite précisé que c’était le Beth Habad qui était visé. L’inquiétude nous a saisis. Aucun des téléphones ne répondait sur place, le Département d’État ne nous laissait que peu d’espoir. Puis nous avons vu des images d’une femme sortant du Beth Habad avec un enfant. Nous nous sommes dit que c’était peut-être Rivki avec Moyshi. Mais non, Rivki était plus grande. Nous avons alors compris qu’il s’agissait bien de Moyshi mais qu’à part lui, personne n’avait survécu… ».

Le Rav Nahman et son épouse décident de ne pas se rendre sur place. Nous sommes un vendredi et le vol dure près de 15 heures. Ils restent désemparés à New York avant de se rendre en Israël pour y accueillir les corps de leur fils et de leur belle-fille.

Comment avez-vous réagi lorsque Gabriel vous a annoncé son intention d’aller en Inde ?

« Nous l’avons encouragé, parce que le retenir aurait été contre-productif. En Inde, il y avait un réel besoin de Juifs qui s’occupent de leurs frères, nombreux, de passage. Gabriel et Rivka étaient très actifs. Ils avaient un programme très précis de ce qu’ils voulaient mettre en place. Ils ont construit un mikve, voulaient fonder une synagogue, ils avaient encore tellement de projets. Nous devons garder des liens avec l’Asie. Il est indispensable que des chlou’him y soient. Après l’assassinat de Gaby et de Rivki, il n’y avait plus personne à Bombay pendant un temps. Mais il fallait reprendre le flambeau. Même si cela ne sera plus jamais comme avant, le mouvement Habad est très présent en Inde et c’est fondamental ».

Le fait qu’il se soit produit un tel drame dans le cadre d’une mission si sainte amène-t-il à se poser des questions ?

« Personne ne pourra jamais comprendre. Nous avons la foi, si c’est ainsi que D’ l’a voulu, alors nous devons l’accepter. Bien entendu la douleur est immense. Elle sera présente toute notre vie. Nous pensons à eux, quand on se couche le soir, quand on se lève le matin, le shabbat, les fêtes, tout le temps. Gaby et Rivki étaient un couple hors du commun, qui a touché le monde entier ».

Pour autant, le Rav Nahman Holzberg ne perd pas de vue la mission des Habad : diffuser la Torah, être présent partout. Le drame qu’il a vécu dans sa chair, loin de le décourager, lui montre plus que jamais la nécessité des émissaires de son mouvement. « Nous avons besoin de nous renforcer encore, toujours. Il ne doit pas exister un endroit dans le monde sans Beth Habad. Et D’ merci, quand Gabriel était encore en vie, on comptait 2640 émissaires Habad dans le monde, aujourd’hui il y en a 4264 » !

Le sort du petit Moyshi nous a tous émus. Il y a quelques semaines, il a lu des tehilim devant tous les chlou’him Habad réunis au 770. Quelle atmosphère y régnait-il ?

« L’ambiance était très chaleureuse, chargée d’émotions et de souvenirs. Trois ans avant le drame, mon fils Gaby avait pris la parole lors de ce rassemblement. Il avait dit un Dvar Torah, sur la Parasha Vayetse. Toutes les personnes qui étaient présentes ont reconnu Gabriel dans son fils. Il lui ressemble tellement. C’est exactement comme ce que l’on dit d’Itshak et d’Avraham. À chaque fois que l’on voit Moyshi, son visage, ses gestes, ses expressions, nous pensons à Gaby. On voit la main d’Hachem, qui fait les visages ».

Nous approchons de la date du Youd Tet Kislev, importante dans le monde de la hassidout. Qu’est-ce que ce jour évoque pour vous ?

« Ce jour n’est pas important que pour la hassidout ! C’est une date qui devrait être célébrée par tous les Juifs. L’Admour Hazaken a été délivré miraculeusement de prison alors qu’il était condamné à mort. C’est le peuple d’Israël qui a gagné ce jour-là. La Délivrance était en marche ».

Justement, la période que nous traversons en ce moment est décrite par certains comme celle des jours de la venue du Machia’h. Quel est votre regard sur l’actualité ?

« Tout ce qui se passe nous montre plusieurs choses. D’abord il est temps d’arriver à « Haran ». Il nous faut suivre les pas de nos Pères Avraham et Itzhak. D’ les a bénis dans ce chemin, Il nous bénira aussi. Ensuite, il est dit qu’à la fin des Temps, Essav et Ishmaël seront jugés. Ce jour de leur jugement approche, ils le sentent et c’est pour cela qu’ils s’agitent tellement. Ils savent que leur heure va arriver, ils ne savent plus comment se sauver de cela. Et le cas de la France est très révélateur. En effet, en hébreu le mot France (צרפת) s’écrit avec les mêmes lettres que l’expression « Et tu diffuseras » (ופרצת). Pendant ces trente dernières années, le judaïsme français a représenté une lumière en Europe et dans le monde. La consolation des Juifs de France par rapport à ce qui se passe aujourd’hui sur place doit être cherchée dans le fait que c’est par eux que se révèle cette angoisse des « méchants ». Ils s’agitent, jouent leurs dernières cartes. Je suis convaincu que bientôt les temps seront meilleurs pour le peuple d’Israël. Je veux agir avec foi, confiance et joie. Nous avons beaucoup à faire de ce monde ici-bas ».

 

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