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LES JUIFS DE CUBA par Jean-Pierre Allali

Le récent dégel des relations entre les États-Unis et Cuba suivi de la visite du président François Hollande et sa rencontre avec le « lider maximo », n’a pas été sans incidence sur la vie de la petite communauté juive de l’île. C’est ainsi, par exemple, que l’une des conséquences de la visite du président Obama à La Havane, 52 ans après la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, aura été la libération d’un Juif orthodoxe américain, Alan Gross, détenu à Cuba depuis 2009 pour avoir installé une connexion Internet au bénéfice de la communauté juive. Le président américain avait fait de cette libération une condition sine qua non à sa venue à Cuba. On se souvient également que si Cuba, en 1947, n’avait pas voté en faveur du partage de la Palestine, il avait été parmi les premiers pays à nouer des liens forts avec Israël jusqu’à la rupture en 1973. Avec l’ouverture au monde libre du régime cubain, la reprise des relations diplomatiques avec Israël est à l’ordre du jour. Enfin, la modeste communauté juive du pays, peut espérer désormais une nette amélioration de ses conditions de vie jusqu’ici assez difficiles. Pleins feux sur les Juifs de La Havane et du pays de Fidel Castro et de Che Guevara.

 

Des Juifs sont apparus à Cuba dans le sillage de l’équipée de Christophe Colomb à la recherche et à la conquête d’un Nouveau Monde. L’expédition de Colomb, marrane avéré, comportait, on le sait, de nombreux anciens Juifs. Et, lorsque, le 28 octobre 1492, les bateaux de Colomb débarquent à Cuba, l’un des premiers passagers à poser le pied sur le sol antillais est un « Juif caché », l’interprète Luis de Torres. Il est aujourd’hui considéré comme le premier Juif à s’être installé à Cuba. Et bien que d’autres Juifs suivront, au cours des siècles, il faudra attendre 1881 pour que la « communauté juive » de Cuba obtienne une reconnaissance légale.

En 1898, Cuba proclame son indépendance. Elle est suivie d’une importante arrivée d’immigrants juifs américains qui vont donner naissance à une communauté organisée, constituant une congrégation hébraïque, bâtissant une synagogue et acquérant un terrain pour y installer un cimetière. Peu après, des Juifs séfarades, venus de Turquie et du Proche-Orient, les rejoignent et fondent leur propre structure dite « Chevet Ahim ». En 1920, des milliers de Juifs fuyant l’Europe en proie à l’antisémitisme, cherchent à gagner les États-Unis, la « goldene medine ». Hélas, en raison du renforcement des lois américaines sur l’immigration, ils seront obligés de stopper leur voyage pour s’installer à Cuba. De nombreuses organisations juives voient le jour comme le « Centro Israelito de Cuba ». L’ORT, le B’nai B’rith, la Wizo s’installent peu à peu et, en 1939, le Comité Central de l’Organisation Juive de Cuba est reconnu par les autorités. Il y a alors 8000 Juifs à Cuba. Ils seront 15 000 en 1952 dont 75% vivant à La Havane.

La folie meurtrière d’Hitler et du nazisme va pousser des milliers de Juifs européens à chercher refuge loin de l’Europe. Un épisode terrible reste dans toutes les mémoires, celui de l’épopée tragique du paquebot « Saint-Louis ». Il avait quitté Hambourg en mai 1939 avec à son bord 937 passagers juifs en direction de l’Amérique. Avec la complicité des États-Unis, le débarquement à Cuba fut refusé aux malheureux.

Avec la Révolution Cubaine de 1959 et l’instauration du régime communiste, les départs de Juifs cubains vont s’accélérer en direction des États-Unis, d’Amérique Latine, d’Europe et d’Israël. Depuis quelques années, cependant, on assiste à une forme de renouveau et de revitalisation. Si, numériquement, la communauté juive, avec ses 1500 membres, souvent issus de mariages mixtes, pèse peu par rapport aux 11 millions d’habitants du pays, elle se distingue par un dynamisme nouveau, aidée notamment par des émissaires, rabbins ou dirigeants, venus d’Argentine ou du Chili.

Pour shabbat et pour les fêtes, la Grande Synagogue Beth Shalom, située dans le quartier résidentiel d’El Vedado, fondée en 1956, est toujours noire de monde. C’est grâce à l’American Jewish Distribution Committee et à des donateurs de Miami que cet édifice a été restauré. Dans le hall d’entrée, on peut y voir une photo de Fidel Castro, lors de sa visite en 1998 et celle de son frère, Raul, l’actuel président, lors de la célébration, en 2010, de Hanoucca. Une autre synagogue est active dans la capitale cubaine, Adath Israël, fondée, elle, en 1925. Le principal cimetière juif de l’île, le cimetière ashkénaze, est situé dans le quartier de Guanabacoa. On y trouve de nombreux mausolées dont celui de Saul Yelin, fondateur de l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie ou encore celui de Fabio Grobart, l’un des fondateurs du parti communiste cubain. Mais, de l’aveu même des dirigeants de la communauté, il n’y a plus qu’un ou deux enterrements chaque année. Le cimetière séfarade, qui date de 1942, est situé, lui, en périphérie, près d’un bidonville.

Il y a une école juive du dimanche où les petits Juifs cubains apprennent l’hébreu mais où l’on peut, également participer à des activités de loisir.

L’avenir de la communauté juive de Cuba va dépendre de la réalité de l’ouverture de l’île vers le monde extérieur qui vient seulement de s’amorcer.

 

Jean-Pierre Allali

1 Commentaire le LES JUIFS DE CUBA par Jean-Pierre Allali

  1. Nous serons a la Havane en avril est-ce que vous transmettre des contacts avec des representants de la communaute juive locale.

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