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LES JUIFS DE TCHÉCOSLOVAQUIE

Formée en 1918, la République de Tchécoslovaquie s’est scindée en deux États en 1993 : la Tchéquie, avec Prague pour capitale et la Slovaquie avec Bratislava pour capitale. Mais, qu’ils soient tchèques ou slovaques, les Juifs de Tchécoslovaquie ont une longue histoire. Aujourd’hui, s’ils sont de moins en moins nombreux, ils ont néanmoins marqué de leur empreinte le pays où ils ont vécu au cours des siècles.

Car la Tchécoslovaquie, c’est le pays de Franz Kafka, natif de Prague, mais c’est surtout, pour les Juifs, la terre où vécut l’immense Maharal de Prague, le rabbin Yéhouda Loew Ben Bezalel (1525-1609), celui dont la légende raconte qu’il créa, par la seule force de sa pensée un être animé, le fameux Golem. Et si Prague n’abrite plus, comme dans les années vingt ou trente, une communauté juive nombreuse et dynamique, le Golem est devenu la mascotte de la ville : porte-clés, figurines, tee-shirts…à l’effigie du « gentil monstre » sont proposés aux touristes dans toutes les boutiques de souvenirs. Certains lieux de culte juifs de Prague sont désormais des passages mythiques obligés des visiteurs : la respectable « Alneuschul » ( Synagogue Neuve-Ancienne) datant du 13ème siècle, le musée juif qui accueille près d’un million de visiteurs chaque année, l’Hôtel de Ville juif qui date du temps où les différents quartiers de la capitale étaient autonomes. Le visiteur est toujours intrigué par l’horloge du beffroi aux caractères hébraïques et dont les aiguilles tournent…à l’envers. Sans oublier le vieux cimetière avec la tombe supposée du Maharal. Situé dans un immense parc, au centre de la ville, il abrite quelque cent mille sépultures, douze couches superposées dans un désordre indescriptible. Et, outre l’ « Altneuschul », de nombreuses synagogues souvent transformées en musées : la Synagogue Haute, la Synagogue espagnole Pinkas et la synagogue Klaus.

Les historiens s’accordent à penser que les premiers Juifs qui s’installèrent en Tchécoslovaquie, notamment dans les régions de Bohême et de Moravie, arrivèrent au 9ème siècle, avant même la christianisation du pays.

Au 17 ème siècle, le ghetto juif de Prague, Josefhof, comptait 15 000 âmes, soit 30% de la population de la ville. Avec l’entrée dans la modernité, au 19ème siècle, les murs du ghetto sont abattus et la population juive s’intègre peu à peu. En 1938, alors que les bruits de bottes nazis se font inquiétants en Europe, il y a plus de 300 000 Juifs dans le pays. La plupart disparaîtront dans l’enfer de la Shoah, notamment dans l’infâme camp de Terezin (Theresienstadt).

Au sortir de la Guerre, il n’y a plus que quelques milliers de Juifs en Tchécoslovaquie. Un Conseil des Communautés Juives Tchèques, longtemps dirigé par le docteur Désiré Galsky, auquel succédera le docteur Krauss aidé de Victor Freuerlicht, tentera de faire vivre contre vents et marées ce qui restait d’une communauté jadis florissante en engageant des rabbins venus souvent de l’étranger et un ouvrant un restaurant cacher, rue Maislova à Prague.

Bien que la Tchécoslovaquie ait été l’un des rares pays à soutenir l’État d’Israël en gestation en lui fournissant des armes et des munitions lors de la Guerre d’Indépendance et en le reconnaissant immédiatement à sa création en 1948, la vie des Juifs, sous le communisme, a été particulièrement difficile. Après la chute du communisme, l’espoir est revenu. C’est ainsi que des loges du B’naï B’rith sont réapparues, à Prague comme à Bratislava. Une synagogue « Habad » a vu le jour, dirigée par le rabbin Manès Barash. Un événement sympathique s’est déroulé en 1992 : pour la première fois depuis cinquante ans, une bar-mitsva a été célébrée dans la synagogue « Altneuschul ». Un jeune garçon, Mark Felix, dont la famille est originaire de Tchécoslovaquie, est venu tout spécialement de Londres pour célébrer sa majorité religieuse au pays de ses ancêtres en présence de l’ambassadeur d’Israël et du…cardinal de Prague.

Parfois, des nouvelles moins réjouissantes nous parviennent de Tchécoslovaquie. Ainsi, en juin 2009, 63 tombes ont été profanées dans le cimetière juif d’Uhersky Ostroh à l’est de la Tchéquie. Notons qu’il reste 350 cimetières juifs dans le pays.

Par ailleurs, à la suite d’une Conférence qui s’est tenue à Washington en 1998, une fondation a été créée qui vise à restituer aux Juifs de Tchécoslovaquie les biens et les objets d’arts qui leur ont été volés pendant la Guerre. Mieux vaut tard que jamais.

Parmi les personnalités juives pragoises des temps modernes, il convient de signaler Jan Fischer, qui a été Premier ministre en 2009 et 2010 et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2013.

Une bonne nouvelle nous est parvenue en juillet 2014 avec la réouverture de la synagogue de la ville d’Ustek en Tchéquie qui date du 18ème siècle et qui a été rénovée ainsi que la maison du rabbin attenante. Cette maison sert désormais de lieu d’expositions. Dans les sous-sols de cette synagogue fonctionne une école juive. Grâce à un projet intitulé « Les dix étoiles », six autres synagogues et quatre sites ont été restaurés. Le financement de ces rénovations a été assuré par l’Union Européenne et le gouvernement tchèque. C’est le cas également de la synagogue de Brandys, petite ville située non loin de Prague et de celle de Lostice, en Moravie. Sur le territoire tchèque, 60 synagogues sont aujourd’hui conservées en bon état. Comme partout ailleurs, en Europe de l’Est, le mouvement ‘Habad est très actif. C’est ainsi que pour les fêtes de Pessah 2015, 600 personnes ont participé à un seder à l’Hôtel Hilton de Prague en présence du rabbin Barash, de son épouse et de leurs enfants. Dans un tout autre domaine, en octobre de la même année, le président tchèque, Milos Zeman a décerné à titre posthume l’ordre du Lion Blanc, la plus haute décoration du pays, au juste Karel Weirich qui sauva des centaines de Juifs tchèques de la barbarie nazie.

En 2015, on estime qu’il y a environ 5000 Juifs à Prague et autant à Bratislava.

 

 

Jean-Pierre Allali

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