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L’héritage mémoriel de La Verdière

Comme toutes les années à la même période, le 21 octobre a eu lieu une cérémonie commémorative à la mémoire des « Enfants de la Verdière ». Ces moments de recueillement sont plus que jamais indispensables alors que les derniers témoins disparaissent et qu’au même moment se propage un antisémitisme débridé. Cette cérémonie, organisée à la demande de l’Amicale des Déportés d’Auschwitz et avec le Crif Marseille-Provence, était dédiée à Myriam Chiche-Portiche, disparue récemment.

La Verdière, un lieu de transit avant Auschwitz

Le 40 avenue de la Rose restera à jamais souillée par le nazisme. Le 20 octobre 1943, 30 enfants juifs et 14 adultes dont 9 mères et leur directrice Alice Salomon sont déportés vers les Camps de la mort. 

Le texte de l’historienne Suzette Hazan lu par sa consoeur Renée Dray Bensoussan, rappelant l’histoire des enfants de la Verdière, a suscité un grand moment d’émotion. Après les grandes rafles de l’Opéra et du Vieux-Port via Sobibor en janvier 1943, les juifs subissent les arrestations en ville et dans la région, sans épargner vieillards et enfants. « L’attentat » du 1ermai – qui blessera deux SS – précipitera les représailles arbitraires des nazis, avec la multiplication des rafles et prises d’otages, en particulier dans les centres d’aide et d’assistance juifs, rues de la Joliette et de la République. Rosine Chiche-Portiche, Sultana Ben Dayan, Marie Kaddouche et Fortunée Tordjmann y seront arrêtées avec un ou plusieurs de leurs enfants. Sous la pression de Raymond Raoul Lambert, directeur de la l’UGIF (Union Générale des juifs de France) zone sud, elles sont préservées de la déportation et recueillies par le Centre des quatre Saisons de la Clue aux Camoins. Mais ce dernier ne peut faire face à l’afflux de réfugiés, notamment les femmes et enfants en bas âge. Elles sont transférées au château de la Verdière. Ouvert le 24 mai 1943 par l’Ugif  sur instruction de la Gestapo, cet ancien hotel pour convalescents servira de lieu de transit avant Auschwitz. Tous les enfants doivent être déclarés, les plus grands d’entre eux sont cachés ailleurs, par les soins de l’OSE (Organisation de Secours aux Enfants). 

Jusqu’à cette date fatale du 20 octobre 1943, les pensionnaires de la Verdière mèneront une vie presque normale, grâce notamment au dévouement de leur directrice Alice Salomon, secondée par un étudiant en médecine, Claude Lehmann, qui sera le seul à survivre. Une apparente tranquilité qui exigeait ne pas déroger à deux règles : ne jamais quitter la Verdière en famille complète et rentrer le soir avec un même nombre de pensionnaires pour ne pas attirer l’attention de la Gestapo. Richard Keisermann rappelle la mémoire des siens avec une grande émotion : « une partie de ma famille est arrêtée à Nîmes, puis transférée à la Verdière. Il s’agit de ma tante Pauline Blumenfeld et ses trois enfants Jany Line (9 ans), Mireille (4 ans), Henri-Yves (2 ans). Elle avait le droit de s’absenter de la Verdière mais partait toujours très inquiète car elle avait l’obligation de laisser un enfant en otage. Le 20 octobre fut leur dernier jour avant leur départ pour Drancy puis Auschwitz». 

Aujourd’hui, l’antisémitisme, qu’il soit l’expression d’idéologues islamistes ou d’extrême-droite, s’exprime aussi dans les « banalités du quotidien » et à travers les réseaux sociaux. Lors de chacune de ces cérémonies, la présence d’élus de la République, d’associations communautaires, et le dévouement de Jean-Jacques Zénou, responsable du Comité des enfants de la Verdière, comblent un peu le vide laissé par les enfants de la Verdière, et par tous ceux qui les ont rejoints au fil des années. Puissent les roses blanches déposées pendant la lecture des noms de chaque disparu ne jamais faire oublier la mémoire des enfants de la Verdière et de leurs familles (Chiche-Portiche, Coronel et Keisermann…).

 Magali Barthès

 Discours de Bruno Benjamin entouré de Jean Jacques Zénou, Elie Benarroch et Michek Cohen Tenoudji.

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