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QU’AS-TU FAIT DE LA PART D’ADOLESCENCE QUI EST EN TOI ? Par Elizabeth Lezmi-Delouya

Nul n’est à l’abri un jour de se découvrir «  en exil de sa propre vie », ayant trahi ses rêves sur des sentiers imprévus, regrettant certains choix ou certains actes, le dos tourné à l’insouciance du départ, loin des enthousiasmes et de la joyeuse folie de vivre. Face à son miroir, on découvre cette retenue dans l’expression des sentiments qu’impose l’hypocrisie sociale et le goût d’amertume que laissent au fond du cœur la perte des illusions et le désenchantement face à l’apprentissage des faiblesses de l’âme humaine.

Est-on encore capable de déterminer l’essentiel de sa vie et a-t-on le courage d’y revenir? Nos envies sont-elles en accord avec nos devoirs, nos valeurs et nos actes ? Nos réussites sont-elles égocentriques ? Sommes-nous capables de faire des blessures affectives autre chose que de la souffrance ? Sommes-nous acteurs de notre vie ou spectateurs ?

L’amour, le respect, le regard de nos proches, l’impression de toujours devoir prouver sa valeur quitte à mendier affection et attention, la peur de décevoir ou d’être trahis est le moteur de nos lâchetés et de nos dépendances.

En ce mois d’Eloul où les juifs effectuent leur processus annuel d’introspection et d’aspiration à l’authentique, le « moi » adolescent qui sommeille enfoui en chacun – quel que soit l’âge de notre enveloppe corporelle – autrement dit notre capacité d’étonnement de révolte et d’analyse, oriente l’inconscient vers les inévitables réflexions existentielles. « L’âme de l’homme constitue pour lui un enseignement » nous dit le Baal Chem Tov. Or, s’il nous plait à nous dire que nous avons une âme, on n’en perçoit pas pourtant l’existence avec clarté dans un société qui ne nous en laisse pas le temps sauf, peut-être, à l’adolescence…

L’adolescence est une période de métamorphose étrange et pénible avec des phases d’observation et de compréhension si aigues et lucides qu’elles en sont douloureuses. L’adolescent voit tout, surtout ce qu’il ne faut pas voir. A la fois aveuglement et clairvoyance, confiance et rébellion, on n’en retient plus tard -à tort- que les douleurs de l’auto accouchement à soi. Les juifs Malagasy habitant les hautes terres centrales de Madagascar, arrivés sur l’île au temps du Roi Salomon ( traces archéologiques et inscriptions proto-hébraïques dans toute l’île en faisant foi) ont pour coutume de dire que l’un des nœuds du Talit ou châle de prières des hommes symbolise le magma pur d’émotions qui bout en l’âme de l’adolescent le jour de sa Bar Mitsva, rappelant que la symbolique de l’adolescence dans la Thora est valorisée à partir du moment où le combat est révolte pour comprendre, grandir et évoluer ; Jonas, Jacob, Abraham, Moïse, et à commencer par Adam et Eve, tout sera mis en œuvre pour que les créatures d’un Dieu qui sait tout, prévoit tout, puissent désobéir et sortir de l’utérus paradisiaque de la matrice originelle afin de devenir et s’accomplir.

« Va pour toi vers le pays que je t’indiquerai » ordonne D à Abraham. « Va pour toi »est une invitation à être et à devenir ; ce qui signifie aussi « va, grandis, bats-toi, seul s’il le faut, je ne serai pas loin. Va pour devenir et être en mesure de venir à moi ». La pulsion adolescente est une invitation au voyage, porte d’entrée au monde du «  pays que je t’indiquerai ». Mais dans une société où l’on sait de moins en moins décrypter les indications, comment gérer l’erreur, le mal être, l’errance et, surtout, la culpabilité, la rancoeur vis à vis de ceux qui nous ont blessés, le désordre et l’angoisse du lendemain ?

C’est alors que l’optimisme philosophique juif religieux tend la main à « l’exilé à sa propre vie » . Le Maharal relève que le mots hébreu Gola (exil) ne diffère en écriture hébraïque que d’une lettre (un alef) avec le mot Guéoula (délivrance). Si on ne peut changer le passé, on peut veiller à ce que le présent et l’avenir en souffrent le moins possible et soient protégés, tournés vers un perfectionnement continu. Lorsque l’inconscient est alourdi et solitaire, lorsque l’être se sent éloigné de Dieu, se dérobe mais réclame ardemment purification, renouvellement, retour à l’essentiel et au primordial, alors il existe la Téshouva. Plus que repentir ou repentance, il s’agit de retour au « va pour toi vers le pays que je t’indiquerai »

« Où es-tu ? Demande Dieu à Adam dans la Genèse, 3,10,14 ;

La question, précisée et reformulée interpelle. Où est ton véritable Moi, englouti par un vice intellectuel ou une pulsion physique qui t’as évincé de ton être véritable ? As tu vraiment oublié la flamme qui te faisais vivre, non végéter, vibrer ? A force de te laisser engloutir par les certitudes des autres, qu’as-tu fait de ton encombrante sensibilité à fleur de peau, de ton insupportable capacité de réflexion et de réaction, de ton aspiration à un monde juste, de ta lucidité, Que vas-tu transmettre à ceux qui te regardent, où sont tes rêves et, surtout, qu’as-tu fais de la part d’adolescence qui est en toi ? Peut-être te découvres-tu coincé, encore, en ce cocon de métamorphose ? Alors Sors-en, étudie les écrits de tes pères, retourne aux textes pour te comprendre et tu sentiras en toi couler la sève d’un peuple sacré debout dans la tourmente, qui sait se voir en face et face à face, avec la force, à chaque Kippour, de laisser le regard Divin déshabiller son âme.

 

 

Judaïdoscope

Un bus Tel Aviv – Jérusalem. Une bombe portée par un des 40 passagers fait peser un  compte à rebours terrifiant sur tous. A travers ce prisme, se révèle la mise en lumière de l’inconscient juif collectif à travers ces 40 personnes issues des tribus perdues d’Israël, dispersées à travers toute la planète. Un récit mystique, un conte des origines, un roman, une recherche d’ethnologue et une fine analyse psychologique d’un peuple porteur d’un même gène, celui des « cohanim ». Auto-analyse, éléments de psychologie sociale et culturelle, vous trouverez dans ce roman passionnant une mine d’informations précieuses. A lire absolument.

1 Commentaire le QU’AS-TU FAIT DE LA PART D’ADOLESCENCE QUI EST EN TOI ? Par Elizabeth Lezmi-Delouya

  1. J’aime bien le sentiment de cet article. Je pense qu’il faut approfondir les envies des ames abasourdis par les exigences et les divertissements du monde profane de tous les jours, pour les attirer vers une vie juive plus spirituel.

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